CONSTRUCTION  DU  CONDUIT   SOUS  MARIN


Préambule

Les travaux d'installation du conduit d'eau potable, sous- marin, reliant ST FRANÇOIS - la  POINTE DES CHÂTEAUX à l'île de la DÉSIRADE, ont été effectué de décembre 1990 à février 1991.
Avant la jonction de l'île, il y aurait deux tuyaux : l'un dessert, en direct  le bas de l'île, "Les Galets".  L'autre relie le Château d'Eau.

 
 

Enquête

Mise en place

Décembre 1990 :  les travaux démarrent avec 180 personnes, sur une barge de 150 mètres de long. Ils travaillent jour et nuit. Il s'agit d'une barge américaine, en provenance de Louisiane et du Golf du Mexique, qui posera la canalisation pour l'eau destinée à la DÉSIRADE. Elle porte le nom de "MC  DERMOTT  DERRICK barge 28".

C'est un caboteur hollandais  " le VROUWE JOHANNA",  venu d'ANVERS (Belgique) qui transporte les 15 Km de tuyaux, soit 3000 tonnes fabriqués à HAMBOURG, sous licence française. Les tuyaux sont prévus spéciaux, recouverts d'un mortier dense, armé de polyéthylène.


La barge pèse près de 30 000 tonnes ; elle mesure 150 mètres de long pour 56 mètres de large, avec grue dont la flèche est de 100 mètres et un crochet de 5 tonnes. Elle peut soulever des colis de 800 tonnes et de 100 mètres de hauteur.

Une barge de ce genre coûte, neuve, près de 400  millions de Francs.


La Compagnie Méditerranéenne de Travaux Maritimes (CMTM), responsable des travaux, a préféré  louer

500 000 Francs par jour, cette barge d'occasion, le "DERRICK 28"  réparée et révisée à  PORT ARTHUR près du delta du Mississippi. Elle est "OFF SHORE" donc conçue pour travailler loin des Rivages.


Cette barge est spécialisée dans les travaux pétroliers et c'est la première fois que le personnel posera des canalisations d'eau potable.


Sur les 180 personnes à bord, 90 dorment pendant que l'autre moitié travaille. Ceci 24h/24 par journée de 12 heures.

S'agissant d'une première mondiale, l'enjeu est important pour la CMTM qui est une filiale de la COMPAGNIE GÉNÉRALE DES EAUX, actuellement VIVENDI. Un jour de retard coûte 500 000 Francs. La société a d'ailleurs engagé une équipe pour faire un film sur toute l'opération.
 

Matériaux

Les tubes alignés sur chaque bord sont soudés dans le tunnel qui traverse toute la barge. Ils reçoivent au fur et à mesure cinq soudures. Renforcés, ils disparaissent ensuite dans les mâchoires d'une machine à tensionner afin d'éviter lorsqu'ils touchent le fond de trop plier ou de casser.

Le Derrick Barge 28 a 16 postes de soudures permanents, 16 en réserves et 8 autonomes.


Les tuyaux sont conçus par la CMTM qui au jour de la commande, a acheté les rouleaux d'acier. Il faut 4 à 6 mois. Le délai de la pose était fixé au 4 février 1991.


La CMTM s'est adressée pour confectionner les tubes, à la société Phocéenne de métallurgie qui a elle-même sous traité le marché avec une entreprise allemande proche de Francfort, «La FUCHSROHR".


Les tuyaux ont un diamètre extérieur de 37,5 centimètres et intérieur de 25 cm. Il s'agit d'un acier " X52 ", d'un centimètre d'épaisseur à haute résistance. Ils sont tapissés de 5 millimètres d'un ciment intérieur pour parfaire la qualité alimentaire de l'eau. Entre chaque connexion, un joint de caoutchouc alimentaire parfait lui aussi, la continuité entre les deux ciments.


A l'extérieur, les tubes ont reçu une couche de 4 millimètres de polyéthylène extrudé pour éviter toute corrosion, et ensuite recouvert de plusieurs couches de béton, sur 4 cm.

 

Equipage

Pour la soudure et la pose de canalisation, la CMTM a passé un contrat avec la Condux, une société, qui fait partie du Groupe Protexa, une des toutes premières entreprises Mexicaines. C'est la Condux qui a affrété la Barge à l'entreprise Mc DERMOTT et qui a installé 130 ouvriers mexicains. Avec les 30 Américains, les 20 personnes de la CMTM et une dizaine de plongeurs.

20 autres employés de la CMTM ont préparé l'atterrissement de la canalisation sur terre. Ils ont réalisé les pistes d'accès, les tranchées de mer, épaisseur de sable, nature de la roche. Trois balises installées à la Désirade, par un radio positionnement donne l'emplacement de la barge à 3 m près du tracé théorique.


La plage de pose est reconnue sur 300 m de part et d'autre.


Il y a eu un sabotage à l'époque ; sur les fils des balises, à la Pointe des Colibris, sans risque après réparation.

 

Manière d'opérer

La difficulté étant de résister aux houles cycloniques, à des vagues fréquentes et de 7 m de haut, donc plusieurs tonnes d'effort sur chaque mètre de canalisation.
Pour cela, jusqu'à 7 mètres de profondeur, les tuyaux sont enterrés dans des tranchées de mer, recouvertes de béton (350 mètres côté Désirade et 190 mètres côté Pointe des Châteaux).


De 7 à 30 mètres de profondeur, il y a des ancrages sur la canalisation. (environ 160 en tout) de 10 tonnes chacun (forages de 1 à 6 m prévu suivant les fonds, réalisés par des plongeurs).


Après 30 mètres, la canalisation est comme auto lestée avec ses 150 kg au mètre.


Nous trouvons sur l'itinéraire deux angles de 90%, l'un près de la Pointe des Châteaux et l'autre non loin de la Désirade.


La pose se fait sur un plateau sous-marin à moins de 60 m, puis tout près la fosse de 500 m qui oblige la barge de s'ancrer sur le plateau et sur la fosse. La barge est équipée de 12 ancres de 25 tonnes qu'elle pose à 500 m d'elle et actionne à l'aide de treuils de 150 tonnes, pourvus de 1500 m de câbles. Ce qui lui permet de se déplacer comme une araignée. Elle peut poser ainsi 1500 m de tubes par jour.

 

Le coût

Les tuyaux de la Désirade ont coûté plus de 10 millions de Francs. Leur pose revient à 15 millions.
La seconde de barge revient à près de 6 Francs. L'heure à 20 000 Frs et la journée coûte environ 500 000 Frs.


Le principe du projet a été admis en 1987 par le Bureau du Conseil Général, qui a fait voter par l'ensemble des élus, un Crédit d'études de 800 000 Frs et 487 000 Frs au budget supplémentaire de 1988. L'étude a estimé le coût de la canalisation à 34 millions de Francs. L'État, par le biais du Ministère de l'agriculture, participe à hauteur de 15 millions de Francs et le Département à 19 millions de Francs.


En outre des travaux de l'ordre de 8,5 millions de Francs seraient réalisé pour l'installation d'un poste de surpression à la Désirade. Les travaux d'irrigation des 460 hectares, s'élevant à 33 millions de Francs. Le Directeur Commercial de la CMTM, Monsieur Philippe SIALELLI a fait l'étude de Prix dont le budget est de 34 millions de Francs.


Le bénéfice est prévu pour le Conseil Général et pour la Désirade. Sur les 8 000 m3 d'eau, 1000 sont réservés à la population et 7000 à l'irrigation des 460 hectares. Il avait été déclaré à la presse que la Désirade étant une terre fertile, de nombreux produits pourront être cultivés avec succès : melons,  vigne et  plantes médicinales comme le ricin, citronnelle, framboisin, basilique.


Il avait même été pensé à un Golf de 18 trous dans la zone de l'ancienne météo,  d'hôtels et de gîtes.


Dès que le Derrick 28 aura posé le dernier raccord de la Désirade il s'en ira aux Saintes. Il y posera une canalisation de 2 Km entre Terre de Haut et Terre de Bas.

 

 

Quelques noms de l'époque

Le Directeur Commerciale de la Compagnie Méditerranéenne de Travaux Maritimes : Monsieur SIALELLI, Philippe.

Le Maire de la Désirade : Monsieur Mathias MATHURIN, assassiné le 21 octobre 1991. Il avait refusé de signer la réception des travaux. C'est son beau frère, Monsieur Emmanuel ROBIN, employé de la SOGEA (filiale de VIVENDI), qui fut nommé à sa place et  signa la réception des travaux.

Le Président du Syndicat d'Eau et d'Assainissement de la Guadeloupe : Monsieur LUBETH Marcelin.

Le Responsable de la Commission Technique du Conseil Général : Monsieur GÉNIES Daniel.
 

Toutes les sociétés qui ont participé à la réalisation de cette adduction, sont des filiales de VIVENDI.

Une équipe de l'émission Ushuaia est restée une vingtaine de jours pour tourner un film qui sera vendu à Thalassa.